Lascar et Sairecabur, à l’assaut des volcans andins

San Pedro de Atacama est l’endroit parfait pour qui souhaite faire une ascension de volcan et profiter pleinement des paysages époustouflants qu’offre la région et ses déserts. En effet, la frontière naturelle entre le Chili, la Bolivie et l’Argentine est composée de nombreux volcans (certains semi actifs), dont une poignée dépasse les 6000m, commencement de la haute montagne.

Parmi la quantité innombrable d’agences offrant des tours dans le désert et les lagunes environnantes, quelques unes spécialisées proposent des ascensions de 1 ou 2 jours selon le volcan, la forme physique et l’acclimatation à l’altitude des grimpeurs.

Lascar, 5600m

Piqués par la curiosité et l’envie de monter voir la vue, nous décidons de tenter l’expérience.
Après avoir fait le tour des agences, on opte pour le Lascar, un volcan semi-actif culminant à 5600m.
Atteindre le sommet d’un volcan ou d’une montagne de cette altitude n’est pas chose facile. Même si l’ascension du Lascar en elle-même n’est pas très longue (environ 3h pour monter et 1h30 pour redescendre), il y fait très froid, le vent est glaciale, et le mal de l’altitude peut fustiger le plus expérimenté des grimpeurs. Mais nous avons cette dernière condition pour nous. Voilà plus d’un mois que l’on se balade entre 3500 et 4000m d’altitude, et on peut se considérer comme bien acclimatés.
Après avoir payé presque 100 US$ chacun (ce qui représente un budget énorme où nous nous trouvons), le rendez-vous est donné deux jours plus tard, à 5h30.

La marche du Lascar est considérée comme facile. Elle commence à environ 5000m, là où nous dépose le véhicule. Reste 500m de dénivelé jusqu’au cratère et 100 derniers mètres jusqu’au sommet.

Vers 11h on se trouve au pied du volcan, à côté d’une lagune magnifique où barbotent quelques flamants roses. Il n’y a absolument aucun vent, et les réflexions des volcans dans la lagune créent des images irréelles. Un petit déjeuner rapide et léger constitué d’un mini sandwich jambon fromage et d’un bout de cake sans goût sera notre unique repas avant le soir. La digestion en altitude est difficile et mieux vaut ne pas trop manger. Après quoi on remonte dans le mini-bus tout terrain qui va nous rapprocher encore un peu du sommet.

Notre groupe est composé de 9 personnes: 7 grimpeurs en herbe, le guide et son assistant.
Lorsqu’on commence à monter, une file indienne se crée naturellement, ouverte et fermée par les guides. La marche est lente, vraiment très lente. Au début il ne fait pas encore trop froid car on est sur le bon versant du volcan et le vent ne nous atteint pas encore. Mais le souffle est court et chaque pas est lourd. L’environnement qui nous entoure est surprenant, composé principalement de petites pierres noires, pas plus grosse qu’un poing. Quelques rares zones sont couvertes de neige.
La particularité de la chaîne de volcans dans laquelle on se trouve est qu’elle est située en plein milieu du désert le plus aride du monde. Ce qui a pour incidence de ne pas permettre à la neige, même à plus de 5000m, de tenir très longtemps.
Au bout de 45 minutes de marche l’un de nos compagnons, un brésilien d’une trentaine d’année, est pris de nausées et montre des signes de fatigue. Il a beaucoup de mal à respirer et marche au ralentit. Quelques minutes plus tard il abandonne, terrassé par des maux de tête qui l’empêchent d’avancer davantage.

Ça a été notre première confrontation avec le mal des montagnes. Même lors de l’Inca Trail ou du trek dans le Canyon de Colca on n’avait jamais vu personne en souffrir à ce point. On avait certes été avertis, on avait entendu beaucoup d’histoires, mais on ne l’avait encore jamais vécu. Au Pérou, comme en Bolivie, les locaux chiquent la coca en permanence, et ils affirment que c’est le meilleur remède contre le mal de l’altitude. Sans forcément tout le temps en mâcher nous-mêmes, on buvait quotidiennement du maté de coca. Au Chili les montagnards affirment que la coca ne sert a rien, que c’est une coutume obsolète qui pourrie les dents plus qu’autre chose, et que seule une bonne hydratation prévient les maux de tête.

C’est donc à 7 que nous continuons à grimper lentement vers le sommet, notre ami brésilien ainsi que l’assistant du guide restant en retrait.
Au bout d’un certain temps on finit par atteindre le cratère. Le spectacle est impressionnant. De gigantesques volutes de fumée viennent périodiquement occulter la vue au-delà du trou béant. Derrière nous s’étend une grande partie de la vallée d’Atacama et de ses volcans. Le vent est glacial. Il est difficile de rester sans bouger. Rapidement un petit groupe se met en marche vers le sommet, pendant que le reste redescend doucement. Au somment le vent est insoutenable, mais la vue, plus dégagée, est magnifique. Impossible de s’éterniser tant le froid est prenant. Aucun d’entre nous n’est équipé pour rester plus longtemps à cette altitude.
1 heure 30 plus tard nous sommes au chaud, assis les uns derrière les autres dans le mini-van qui nous ramène vers San Pedro.
 
 


 
 

Sairecabur, 6024m

Ravi de cette première ascension, je décide de renouveler l’expérience deux jours plus tard et de partir à l’assaut du Sairecabur, un complexe volcanique dont le sommet culmine à 6024m. Eugénie ayant rassasié sa curiosité avec le Lascar, elle préfère rester à l’auberge profiter du beau temps et des hamacs ;-)
La majorité des andinistes débutants comme nous préférant les volcans moins haut et donc plus accessibles, il est difficile de trouver un groupe au départ du Sairecabur. D’autant que les grimpeurs chevronnés lui préfèrent le Licancabur, un stratovolcan de 5916 m dont l’ascension beaucoup plus technique nécessite deux jours entiers.
Ce n’est que la veille du départ que j’apprends avec soulagement qu’un groupe de trois amis s’est inscrit et que nous allons pouvoir monter sur le volcan.
Le lendemain 5h30 me revoilà à faire le pied de grue devant l’auberge en attendant le 4×4 qui va nous emmener au camp de base.
La route est longue et bien moins entretenue que la première fois. Le petit pickup est exigu et j’en profite pour faire connaissance avec mes compagnons. Andrew et Renja, un australien et une danoise en couple vivant à Londres, Christiane, une allemande ayant étudié à Paris, et le guide originaire de l’île de Pâques dont j’ai oublié le nom imprononçable.
Après plusieurs heures de trajet nous arrivons enfin au point de départ de l’ascension, à 5000m asl. Nos membres engourdis se délient difficilement, d’autant qu’un vent glacial nous congèle les extrémités. Le thé chaud est bienvenu, mais ne suffit pas à nous réchauffer. Après quelques minutes de préparation, un dernier pipi derrière un tas de neige, nous nous engageons sur le chemin.
Dès les premiers mètres il annonce la couleur: la pente est raide, et toute la première partie du volcan est recouverte de petites pierres dans lesquelles le pied s’enfonce, rendant la montée compliquée et fatigante (2 pas en avant, 1 pas à glisser en arrière, etc…).
La particularité du Sairecabur est qu’il n’est pas conique. Imaginez un volcan de 7000 ou 8000 m qui aurait implosé lors d’une éruption trop violente. La partie haute a été détruite, littéralement décapitée, et la base s’est entourée de débris de pierres qui l’ont élargie, créant de multiples paliers l’isolant du sommet. C’est ce qui est arrivé il y a très longtemps.
Il comporte de nombreuses parties totalement différentes et sa surface est recouverte de roches, allant du petit gravier comme au début, aux énormes rochers nécessitants de véritables passes d’escalade.
Au bout d’1h30 nous atteignons le premier palier et certains d’entre nous ressentent déjà la fatigue. Cette première partie de l’ascension était particulièrement éprouvante pour les genoux, et on pense tous déjà au calvaire que se sera de la redescendre.
La seconde partie est plus simple car les roches, plus grosses, ne se dérobent plus sous nos pieds. La pente est moins raide qu’au début mais le froid s’intensifie et le poids de l’altitude commence à peser. On avance doucement mais d’un pas assuré, prenant gare à ne pas tomber entre deux cailloux et se tordre la cheville, ou pire, chuter en arrière.
Arrivés au second palier notre groupe est amputé d’un membre. Renja jette l’éponge et décide de s’arrêter là. Ça fait un peu moins de 3 heures que l’on marche, et on doit se trouver entre 5600 et 5700m. Son compagnon montre lui aussi des signes de fatigue et il est pris de maux de tête depuis le départ du premier palier. Le guide est sceptique quant à sa capacité à continuer mais Andrew veut à tout prix atteindre le sommet. On se remet en route à 4, laissant notre compère danoise dans une zone bien à l’abri du vent.
La troisième partie de l’ascension est une vraie zone d’escalade. Il nous faut tout d’abord redescendre sur une bonne dizaine de mètres dans un champ d’énormes rochers avant d’entamer la montée finale vers le sommet.
Notre ami australien a de plus en plus de mal à avancer. Il a le pas chancelant, et pire, il arrive de plus en plus difficilement à respirer. Le guide multiplie les pauses. Il sort même à un moment sa bonbonne d’oxygène mais celle-ci, gelée par le froid, ne fonctionne plus. On aperçoit le sommet et personne ne veut en rester là. Notre guide est face à un dilemme qui, avec du recul, n’aurait pas dû en être un: faire redescendre tout le monde au pas de course ou continuer en espérant que la condition d’Andrew s’améliore. Évidemment rien ne s’est amélioré.
Lorsque nous atteignons le sommet nous sommes euphoriques, ravis et fiers comme des coqs d’avoir vaincu la montagne. On est en haut, plus rien ne nous sépare des nuages, du ciel bleu, et la vue majestueuse à 360° sur toute la vallée d’Atacama est époustouflante. Les agences annoncent 6040m, Wikipédia 5971m, (d’ailleurs le volcan n’est pas officiellement recensé parmi les sommets de plus de 6000 d’Amérique du sud) mais le guide l’affirme, il a pris des mesures avec 3 GPS différents, d’autres guides en ont fait autant et tous sont unanimes: le Cerro Sairecabur culmine à 6024 mètres au dessus du niveau de la mer!
On aura finalement mis plus de 5h à escalader pierre après pierre, sans jamais apercevoir le bout du chemin. Et c’est je pense le plus frustrant dans la montée: chaque palier cache le suivant, et il est impossible lors d’une première ascension de savoir quand on va enfin voir la tête du volcan.
Mais notre joie est de courte durée car la montagne a malgré tout jeté son dévolu sur l’un d’entre nous. Le guide est inquiet par l’état d’Andrew et il nous presse de partir.
Le chemin du retour est bien plus compliqué que prévu. L’excitation de la victoire retombée, nos corps endoloris peinent à passer les plus gros rochers. Il nous faut parfois sauter, ou nous laisser glisser le long des parois pour suivre le guide qui court presque devant nous. Andrew, à bout de forces, n’arrive plus à avancer ni même à porter son sac. Lors d’un passage un peu technique où on doit remonter une côte pour pouvoir continuer d’avancer, le guide est obligé de prendre Andrew sur son dos à la manière d’un sac de pomme de terre. Ce qui aura pour conséquences de laisser en cadeau au volcan le petit déjeuner de l’australien.
C’est non sans mal que l’on retrouve Renja, pour continuer notre descente vers le 4×4. Comme prévue la dernière partie est plus que délicate. On est tous fatigués, et à chaque pas nos pieds s’enfoncent jusqu’à mi-mollets dans les cailloux, créant de minis avalanches de pierres s’effondrant devant nous.
Arrivés au véhicule, le temps de changer une roue crevée à l’aller, et nous voila repartis vers San Pedro, ballotés au rythme des virages et de la chaussée escarpée qui quitte le volcan.
On arrive en ville à la tombée de la nuit, et Eugénie nous rejoint pour une triomphante pizza, avant d’aller nous effondrer dans nos lits respectifs…
 
 


 

One Response to “ Lascar et Sairecabur, à l’assaut des volcans andins ”

  1. Fidèles lecteurs trop envieux

    Alors là , on dit NON!! Trop , c’est trop!! En une fois autant de merveilles à voir( 5 nouveaux posts) , c’est pas humain pour ceux qui sont devant leur ordi à Paris où il commence à faire gris, froid et nuit très tôt….
    On a du mal à réaliser qu’il puisse exister autant de lieux si extraordinaires de beauté…
    Que de bonheur pour vous ! Vivez pleinement ces moments magiques…. On est heureux pour vous….mais un peu jaloux quand même!!…..

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